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SKI PARABOLIQUE, SURF...Quelle pathologie pour ces nouvelles pratiques ?

Dr Marc-Hervé BINET

74.110 AVORIAZ

Le " carving "  ou ski parabolique

Le ski parabolique est un ski dont les côtes de largeur différent de la spatule au talon, il est étroit au niveau de la chaussure et plus large au niveau des ses extrémités. Il est directement issu des services de recherche et de compétition des firmes. Les compétiteurs ont adopté ces skis avec une forme incurvée leur permettant une meilleure accroche sur neige depuis quelques saisons.

Les fabricants ont lancé ces nouveaux produits en les affublant du terme " révolutionnaire" afin de relancer un peu la commercialisation des skis qui avait tendance à chuter. S'agit-il d'une pure opération de marketing, ou ces skis apportent-ils quelquechose de nouveau ?

Il existe plusieurs gammes de skis paraboliques, les uns sont dits "carver", ils sont un peu plus courts que les skis traditionnels, la différence entre la largeur des extrémités et du centre est très marquée. Le but est de réaliser des courbes coupées et donc de se pencher au maximum à l'intérieur des virages. Avec ce matériel, les bâtons de ski sont superflus, c'est le ski qui se rapproche le plus de la technique du surf ou du skwal ( autre planche ou le skieur pose ses deux pieds sur la même planche l'un derrière l'autre)

La pathologie de cette nouvelle pratique risque d'être due essentiellement au décrochage des appuis; et donc on va rencontrer des traumatismes par choc direct au niveau du grand trochanter , de l'épaule et des fractures du poignet.

D'autres skis paraboliques grand public ont la particularité d'être aussi courts , beaucoup plus larges que les skis traditionnels et légèrement incurvés au centre; ce sont des skis faciles axés vers le ski en toutes neiges. Le débutant progressera très vite grâce à ce matériel qui au plan de la traumatologie n'est pas différent du ski traditionnel.

Enfin les skis traditionnels ont tous cette année pris un dessin de ski parabolique avec des lignes de côtes légèrement plus larges en talon et spatule qu'au centre. Ce matériel permet grâce à l'inclinaison du skieur dans les virages, une grande facilité dans le déclenchement des courbes et un accrochage du ski sur la neige proportionnel à la vitesse. Le carving permet au skieur même débutant de ressentir les effets de la force centrifuge. Ces sensations qui viennent du surf ou de la compétition de slalom peuvent être retrouvées par des skieurs de tous niveaux qui adoptent cette nouvelle forme de matériel. C’est l’inclinaison latérale du skieur dans les virages qui permet l’accrochage sans dérapage. La facilité d’accès de cette nouvelle technique permet au débutant de boucler de jolies courbes.

En matière de sécurité, les observateurs que sont les médecins de montagne n’ont pas encore pu mesurer les changements de traumatologie induits par ce matériel mais on peut avoir certaines inquiétudes : en effet, l’accrochage du ski sans dérapage bloque le genou dans une position de rotation figée. La sensibilité au stress lors de la rencontre d’un obstacle peut rendre plus difficile le déclenchement des fixations. Les entorses graves du genou risquent avec l’adoption de ce matériel d'être aussi fréquentes que dans les équipes de compétition qui sont décimées par ce fléau.

Il est prouvé actuellement que la meilleure des fixations n'est pas capable de protéger le genou dans tous les axes de déclenchement. Les fabricants de fixation commencent enfin à réaliser que la fixation dite de " sécurité " n’offrent pas toutes les garanties ; il a été prouvé que nombre de ruptures du LCA se produisent sans déclenchement des fixations.

Le surf

L’augmentation régulière du nombre de pratiquants se poursuit. En 1996 ce sont 15 % des hivernants qui étaient surfeurs, il est vraisembalble au vu de la fréquentation de cette saison que ce nombre augmentera de manière significative. Au début de cette pratique, on différenciait des surfeurs dits "  alpins " qui gardaient des chaussures rigides de type randonnée. Ils ont tendance à être supplantés en nombre par les " riders " qui utilisent un matériel plus souple et des planches avec deux spatules. Cela ne va pas sans conséquences sur la traumatologie induite. Ces surfeurs dont les évolutions sont surtout aériennes ( figures et de sauts ) présentent essentiellement une traumatologie du membre supérieur. Le poignet, le coude et l’épaule sont touchés. On rencontre des fractures du poignet , de tous stades, de la simple fracture en bois vert au décallotement épiphysaire complet pour les jeunes ; des fractures de la styloïde radiale ou du scaphoïde jusqu’à des fractures de type Pouteau à grand déplacement pour les adultes. La luxation du coude est caractéristique du surf, elle reste l’exception en ski alpin contrairement à celle de l’épaule que l’on rencontre dans les deux sports.

La pratique grandissante de ce sport et d’accidents spectaculaires par collision, a une nouvelle fois vu la polémique médiatique s’installer. Les collisions ont toujours représenté 10 % environ des accidents. Le réseau d'épidémiologie de Médecins de Montagne n'a relevé aucune augmentation de ce risque depuis quelques années. La mise en cause d’un surfeur est bien sûr de plus en plus fréquente , et ce en rapport avec leur augmentation sur les pistes. Par contre la gravité de ces collisions est quelquefois extrême. La vitesse croissante des hivernants et le manque de respect des consignes élémentaires de sécurité en matière de priorité de l’usager situé en aval sont les causes essentielles de ces lésions graves.

Une autre cause extérieure est la meilleure (mais peut-être trop bonne ) préparation des pistes, transformées tous les matins en boulevards lisses par le ballet nocturne des chenillettes. Cela pousse des hivernants à aller bien au delà de leurs capacités techniques, incapables qu’ils sont de maîtriser alors leur vitesse.

La prévention passe à notre avis par une meilleure connaissance des règles élémentaires . La séparation des pistes pour skieurs ou surfeurs, une nouvelle législation restrictive sont des mesures illusoires. Par contre la réalisation de zones modelées pour la pratique du surf ou le lancement de campagnes de prévention ciblées avec des moyens appropriés sont des mesures moins spectaculaires, mais dont l’efficacité a déjà pu être statistiquement démontrée.

 

La traumatologie des sports d'hiver est amenée à changer aussi rapidement que de nouvelles pratiques sportives s'installent dans les stations. La prévention devra tenter d'être suffisamment inventive pour suivre l'évolution des sports d'hiver sans se laisser dépasser par la rapidité des changements provoqués par les engouements passagers ou les évolutions réelles.