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L'enfant et le sport : ski et sport de glisses

par le Dr M-H Binet ( à publier dans ouvrage du Pr Bensahel : l'enfant et le sport)

 

L'enfant adopte les sports de glisses de manière naturelle et ce dès son plus jeune âge. Les glissades, la luge font partie des jeux de tous les enfants dès les premières chutes de neige. Le ski peut être abordé très tôt à partir de l'âge de 3 ans. Il n'y a pas de danger particulier pour débuter à cet âge si les conditions sont bien choisies: conditions de terrain, de matériel, de météorologie et de durée qui doivent être adaptées aux possibilités de l'enfant. Beaucoup de stations réservent des zones fermées pour les enfants en modelant la neige pour adapter le terrain aux aptitudes qui sont les leurs. Ainsi l'enfant bien encadré, est capable d'apprécier par beau temps les joies de premières glissades sans risques particuliers. La durée des séances doit être brève, l'enfant aborde le ski comme une activité ludique nouvelle, et non comme un sport. Le moniteur devra varier les jeux et savoir adapter sa pédagogie.

A partir de 5 ans le ski va être vécu par l'enfant comme une activité physique, et il sera capable de faire des demi journées complètes. La compétition ne doit en aucun cas être envisagée avant l'âge de 7 ans.

Les différents types de pratique de sport de glisse

Le ski alpin est le plus traditionnel. Il permet d'acquérir des sensations de glisses en toute indépendance des jambes. Les skis de l'enfant sont courts, 80 cm suffisent pour un enfant de 3 ans. Les plus grands doivent choisir des modèles ne dépassant pas leur taille. Les plus petits commenceront sans bâtons, ce n'est que lorsque l'enfant aura acquis un niveau technique lui permettant de tourner et de s'arrêter que l'on pourra lui faire prendre des bâtons. Les chaussures souvent trop hautes et trop rigides doivent être parfaitement adaptées à la taille du pied et si possible à son volume réel.

La luge est une activité ludique plus qu'un sport pour l'enfant. Les accidents sont malheureusement fréquents. Des modèles divers sont sur le marché qui vont de la simple pelle jusqu'à des engins sophistiqués avec direction et freins ! Il faut choisir en fonction de l'âge de l'enfant. La maîtrise de la direction et de la vitesse doivent être acquises avant de laisser l'enfant évoluer seul.

Le surf ou snowboard : ce sport récent remporte un réel succès chez les jeunes. On dénombre dans certaines tranches d'âge plus de surfeurs que de skieurs ! Plusieurs disciplines existent dans cette pratique. Il existe un surf dit alpin : il se pratique avec des chaussures plutôt rigides, des fixations à plaque, il permet des évolutions rapides sur piste avec des courbes très pures. Le surf dit free ride permet à l'enfant de s'exprimer plus librement. Il se pratique avec des chaussures très souples emprisonnées dans des fixations à coques, sur des planches à deux spatules. Les débuts en surf peuvent se faire dès l'âge de 5 ans.

Le ski de fond : le ski nordique se pratique dès le plus jeune âge surtout dans son mode traditionnel : le pas alternatif. Le matériel utilisé comprend des chaussures très basses fixées à l'avant de la semelle par une fixation permettant la mobilité du pied et de la tibio-tarsienne, et des skis très étroits . Pour l'enfant il est impératif de choisir un modèle à écailles permettant d'éviter le recul dans les pentes. Une autre technique d'apparition récente est le skating. Les skis sont beaucoup plus courts et les chaussures ont un arrière pied plus rigide. Cette technique est accessible aux plus grands ayant une bonne indépendance des jambes.

Le télémark : cette variante du ski de piste est très à la mode dans les pays nordiques. Les chaussures utilisées sont très souples, les skis se rapprochent des skis de fond, afin de déclencher des virages avec une fente et une flexion de genou prononcée. L'enfant tenté par cette discipline peut s'y adonner sans risque particulier dès l'âge de 6 ans.

Le patin à glace : pratiqué avec des bottines en cuir sur lequel une lame est fixée, le patin peut comme le ski être commencé très jeune. La progression des enfants est rapide, elle leur permet d'acquérir des notions d'équilibre de manière très précoce. Les disciplines pratiquées en compétition vont du hockey à la danse sur glace en passant par le patinage artistique.

Le risque essentiel pour les enfants se dirigeant très jeunes vers la compétition est un surdosage d'entraînement amenant à des ostéophytoses de croissance telle la maladie d'Osgood-Schlatter ou des arrachements d'insertions ostéo-tendineuses au niveau du bassin.

 

 

L'altitude et l'enfant

La pression barométrique baisse en altitude de façon sensible. La première conséquence biologique est l'hypoxie. Cela n'est sensible chez le sujet sain qu'à partir de 1500 mètres. Il existe une acclimatation à l'altitude qui est complète en 15 jours environ pour une altitude inférieure à 2500 mètres. Au dessus de cette altitude, l'organisme s'adapte avec une hyperventilation et une augmentation du débit cardiaque. L'adaptation se manifeste par une augmentation de la capacité sanguine de transport d'oxygène.

En altitude la température baisse de 7 degrés tous les mille mètres de dénivelé, les variations de celle ci entre ombre et lumière sont bien plus marquées qu'en plaine. Le rayonnement du à la réflexion de la lumière sur la neige est important. Cela explique les risques de photosensibilisation, d'ophtalmie ou tout simplement d'érythème solaire.

Les conséquences de tous ces facteurs chez l'enfant font que pour des courts séjours , on déconseille d'amener un enfant de moins de 6 mois au dessus de 1500 mètres.

En revanche il n'existe aucune contre-indication pour un enfant , voire un nourrisson à vivre en altitude, à partir du moment ou il s'agit d'un lieu de vie et non d'un séjour avec changements fréquents d'altitude. Pour les séjours de sport d'hiver, il faut faire un calcul entre le bénéfice d'un séjour dépaysant et les risques éventuels chez le tout petit de difficultés d'adaptation. Les variations rapides d'altitude en une demi journée au moyen de téléphériques qui peuvent monter à plus de 3000 mètres peuvent être nocives pour des enfants enrhumés.

 

Pathologie cardio-respiratoire et ski :

Il faut éviter les séjours en altitude aux enfants porteurs de cardiopathies même bien équilibrées. Mais l'enfant porteur d'un petit souffle ne doit pas être privé de séjour de neige, si l'exploration a fait la preuve de sa bégninité. Un souffle bénin est un souffle protosystolique localisé au 3 ème espace intercostal gauche. Il diminue en orthostatisme et lors de la manoeuvre de Valsalva. Il peut varier à l'effort ou lors d'une émotion. L'examen cardio-vasculaire doit par ailleurs rester strictement normal.

Les enfants de porteurs de pathologie pulmonaire type asthme peuvent traditionnellement tirer bénéfice d'un séjour à la montagne. En revanche une mucoviscidose est une contre-indication..

 

Biomécanique de l'enfant au ski :

Les positions prises par l'enfant au ski dépendent étroitement de son âge et de ses possibilités physiologiques.

L'enfant fait ses débuts en adoptant la traditionnelle position du chasse neige. Il s'agit d'une rotation interne des membres inférieurs, les pointes du ski convergentes. En cas de traumatisme, la rotation interne forcée du squelette jambier donne des fractures spiroides du tibia. L'autre mécanisme lésionnel dans cette position est la chute assis entre les jambes , genou en rotation interne forcée, il en résulte une entorse du compartiment interne du genou.

En progressant, l'enfant va adopter une position plus basse. Il aura tendance à rapprocher ses skis et adopter une position arrière du tronc. Il va déclencher ses virages par allégement d'un ski et ramené du deuxième ski dans l'axe. (c'est ce que l'on nomme le stem) Les traumatismes seront dus aux déséquilibres vers l'avant : on rencontre alors des fractures transversales basses de jambe par pression sur la structure rigide de la chaussure.

La progression technique du jeune skieur l'amène à adopter une position de plus en plus fléchie. A ce stade, le jeune skieur est plus en équilibre sur l'ensemble des articulations du membre inférieur; les déséquilibres seront rattrapés par le jeu de toutes les articulations du bas du corps, cheville, genou et hanches. La cheville maintenue dans une position fléchie amortira peu, et beaucoup de forces se transmettront directement au genou. Pour ces jeunes, comme chez l'adulte, ce sont les genoux qui seront principalement victimes des traumatismes.

Maturation psychomotrice :

La progression à ski de l'enfant dépend aussi de sa maturation psychomotrice. En plus des capacités physiques , l'enfant doit avoir une coordination motrice suffisante, et une maîtrise émotionnelle propre pour la prise de risques et l'abord de situations nouvelles. Le ski est un atout pour la maturation psychomotrice de l'enfant. Il sollicite la prise d'informations sensorielles, leur assimilation, et favorise l'harmonisation du schéma corporel. Le contrôle émotionnel, la régulation du tonus moteur sont aussi concernés par les activités de glisse.

La compétition qui débute souvent très tôt en ski alpin, doit se faire impérativement sous une forme ludique pour les plus jeunes. On doit être vigilant pour ne pas dépasser chez l'enfant ses capacités d'attention et sa résistance physique. Le cours ou l'entraînement que subit l'enfant doit être exempt de termes techniques rébarbatifs mais doit s'appuyer sur une pédagogie faisant appel au mimétisme et à des aspects ludiques.

 

 

La traumatologie

En ski alpin, l'enfant a un risque différent d'accident de celui de l'adulte .

Les statistiques réalisées par l'association "Médecin de Montagne" qui rassemble les praticiens de sport d'hiver permettent d'étudier chaque saison le risque d'accident et sa variation saison après saison. Des marqueurs traumatiques ont été définis de manière à rassembler les lésions

typiques de chaque sport.

Le risque d'accident en ski alpin est de 2.5 accidents pour 1000 journées de pratique. Les risques de l'enfant et du débutant sont légèrement supérieurs à cette moyenne. La répartition des localisations traumatiques de l'enfant et de l'adulte diffère. ( cf shéma 1) L'enfant un plus de traumatismes du membre inférieur que l'adulte. Il a surtout un pourcentage de lésions de la sphère céphalique plus élevé.

En ski alpin, l'adulte présente surtout des entorses du genou et parmi celles-ci beaucoup de ruptures du ligament croisé antérieur.( cf shéma 2 ) Cette lésion est heureusement très rare chez l'enfant qui a l'inverse a plus de fracture de jambe que l'adulte.( cf shéma 3 ) Les courbes des fractures de jambe et de lésions du ligament croisé antérieur se croisent à l'adolescence à 13 ans pour la fille, et 17 ans pour les garçons. ( cf shéma 4 et 5 ).

 

La prévention

Il existe des facteurs matériels expliquant ce risque spécifique à l'enfant.

Le choix de skis dépend de la taille et du niveau de l'enfant. Ils doivent avoir une semelle et des carres en bon état.

Les fixations de sécurité proposées pour les enfants ne sont pas aussi performantes que celles des adultes. Les modèles enfant, essentiellement pour des raisons économiques ( les parents accepteraient mal d'investir dans des modèles aussi chers que ceux des adultes) ne possèdent pas toutes les caractéristiques techniques des meilleurs modèles. De plus, chaussures et fixations doivent être parfaitement adaptées au poids et à la taille de l'enfant. Des échelles de réglage tenant compte du poids et du niveau du skieur existent. Elles sont mal connues en France et peu consultées par les parents comme par les professionnels. Les fixations doivent être réglées régulièrement et au moins lors de chaque séjour. On peut tester soi même leur fonctionnement en provoquant un déchaussage. Une usure importante des semelles ou un encrassement de la chaussure entrave le bon fonctionnement des fixations. Le pied pour déchausser glisse sur une plaque fixée au ski. Il faut veiller à sa présence et à l'existence d'un espace entre mâchoire de la fixation et la chaussure permettant ce glissement.

Depuis quelques années l'association "Médecins de Montagne" a tenté de développer une campagne sur le port du casque. Cette campagne était justifiée par le fait statistique de la plus grande fréquence chez les enfants des collisions d'une part, mais aussi des traumatismes crâniens.( cf shéma 6) Le taux de port de casque chez les enfants en France n'est plus négligeable. Mais beaucoup d'efforts doivent encore être faits dans ce domaine. Le casque est un moyen de protection indispensable dès le plus jeune âge. Il devrait être proposé systématiquement en location.

L'équipement vestimentaire de l'enfant doit le mettre à l'abri du froid, être confortable et exempt de risque. Des combinaisons trop glissantes ont pu provoquer des blessures graves entraînant l'enfant lors de chutes bénignes. Il faut veiller à ne pas laisser des zones découvertes entre pantalon et veste ou entre gants et anorak. Les gelures des extrémités sont fréquentes par grand froid et majorées par le vent. La protection oculaire et cutanée fait partie des conseils traditionnels de l'enfant à la montagne. Ces consignes sont impératives sous risque de voir apparaître ophtalmie des neiges ou brûlures solaires.

 

Il existe aussi des facteurs humains expliquant le risque d'accident. L'enfant est de nature plus téméraire et imprudent. Il respecte mal les consignes de sécurité. Il est certain qu'en France de réels progrès dans la communication en matière de prévention permettraient d'éviter un nombre non négligeable d'accidents. A l'étranger des campagnes de prévention ont porté leur fruits.

Les collisions sont aussi plus fréquentes chez l'enfant que les jeunes adultes. (cf shéma 7)

Le respect et la connaissance des règles de sécurité est primordial . ( voir encart ci dessous )

Le rôle des enseignants et des parents est de porter à la connaissance des enfants ces règles de bon sens. Ces consignes devraient être présentée sous des formes adaptées à l'enfant. ce qui n'est pas le cas des austères dépliants existants à l'heure actuelle.

 

L'usage des remontées mécaniques demande chez l'enfant un minimum de précautions. Les télésièges ne sont pas accessibles selon la réglementation aux enfants âgés de moins de 12 ans s'ils ne sont pas accompagnés. En pratique de nombreux enfants sont capables de monter seuls en télésiège. Il faut toutefois prévoir les imprudences des plus petits et leur inattention. Ils peuvent passer sous les barres de protections des télésièges et chuter d'une grande hauteur. Les plus petits sont incapables de se hisser pour atteindre une position assise à l'embarquement.

D'autres accidents peuvent survenir au débarquement des télésièges; les appareils transportent maintenant jusqu'à 6 skieurs ensembles. Il est impératif à l'arrivée qu'aucun d'entre eux ne se mette en chasse neige, tous doivent descendre de l'appareil en gardant les skis parallèles, dans le cas contraire les chutes en torsion peuvent provoquer même à faible vitesse, entorses graves du genou ou fracture de jambe.

Les téléskis et téléportés demandent aussi à l'embarquement et à l'arrivée une surveillance attentive.

 

 

En surf aussi, les lésions des enfants et des adultes différent. Le premier traumatisme de l'enfant en snowboard est la fracture de l'extrémité inférieure du radius. ( cf shéma 8et 9 ) Toutes les variétés de fractures sont possibles de la simple fracture sous périostée en bois vert jusqu'à des décallottements épiphysaires complets. Toute douleur du poignet après une chute est suspecte de fracture du radius. Les fractures du scaphoïde sont rares avant l'âge adulte. L'entorse est aussi très rare chez l'enfant , la zone de croissance de l'os c'est à dire le cartilage épiphysaire et la proche métaphyse sont les zones de faiblesse.

La prévention de ces accidents pourrait être assurée par des protections matérielles bien conçues. Des gants avec armature protégeant le poignet existent déjà, d'autres modèles vont arriver sur le marché avec une protection mieux étudiée. Pour éviter de chuter lourdement l'enfant doit aussi commencer cette discipline dans de bonnes conditions, c'est à dire sur des pentes très faibles avec un encadrement technique compétent et si possible sur neige douce.

Débuter en surf sur la glace est particulièrement dangereux à cause des innombrables et inévitables chutes sur la main des premières glissades.

 

Séjourner à la neige un bienfait pour l'enfant. Le séjour idéal est de 3 semaines, c'est la durée adoptée par certaines classes de neige. Mais les considérations économiques rendent souvent impossible de telles durées dans le cas de séjours familiaux. Toutefois le bénéfice du changement de conditions climatiques, et la découverte de nouvelles activités sportives contribuent à son développement psychomoteur à sa santé.

 

 

 

 

 

Règles de conduite

1. Respect d'autrui

Tout skieur doit se comporter de telle manière qu'il ne puisse mette autrui en danger ou lui porter préjudice.

2. Maîtrise de la vitesse et du comportement

Tout skieur doit skier à vue. Il doit adapter sa vitesse et son comportement à ses capacités et aux conditions générales du terrain, de la neige, du temps et du trafic.

3. Maîtrise de la direction

Le skieur amont, dont la position dominante permet le choix d'une trajectoire, doit prévoir une direction qui assure la sécurité du skieur aval.

4 . Dépassement

Le dépassement peut s'effectuer par amont ou par aval, par la droite ou par la gauche, mais toujours de manière assez large pour prévenir les évolutions du skieur dépassé.

5. Pénétration et départ sur la piste.

Tout skieur, qui pénètre sur une piste ou part après un stationnement, doit s'assurer, par un examen de l'amont et de l'aval, qu'il peut le faire sans danger pour lui et pour autrui.

6 . Stationnement

Tout skieur doit éviter de stationner sans nécessité sur les pistes, dans les passages étroits ou sans visibilité. en cas de chute, le skieur doit dégager la piste le plus vite possible.

7. Montée et descente à pied.

Le skieur qui monte ou descend ne doit utiliser que le bord de la piste.

8. Respect du balisage et de la signalisation sur les pistes.

Tout skieur doit respecter le balisage et la signalisation.

9. Assistance.

En cas d'accident, tout skieur doit prêter secours.

10. Identification.

Tout skieur témoin ou partie responsable ou non d'un accident, est tenu de faire connaître son identité.